Jim` se retrouva dans ce bâtiment qui l'avait toujours effrayé. Un immeuble complètement vitré apparemment situé dans le centre-ville de la capitale. Il sera dans ses bras tous ses amis, ses compagnons politiques les larmes aux yeux. Puis il descendit pas à pas les marches, s'appuyant parfois sur les murs blancs des couloirs.
Dehors la foule hurlait. Jim` savait qu'elle attendait son apparition. Pendant que son coeur martelait sa peau d'un rythme rapide et incessant, Jim` se mit à ralentir. Il traversait un à un les étages de l'immeuble. Tous étaient vides. Il s'avança près des vitres et regarda la foule séparée en deux groupes par de simples grilles. Quant aux chars et aux bulldozers, ils n'étaient toujours pas là. Jim` reprit sa marche dans calme presque exemplaire.
Arrivé dans le hall du bâtiment, il s'arrêta. Il savait que c'était la dernière fois qu'il sentirait la solitude. Dans quelques secondes, des millions de gens-il n'avait aucune idée de l'ampleur du rassemblement- allaient l'acclamer et le bercer de cris. Il prit une grande respiration puis alla ouvrir la porte vitrée qui le séparait de l'extérieur.
Dés que la foule l'aperçut, elle cria de plus belle, hurla son nom : "Nous te suivons", "Nous sommes avec toi..."
Ce brouhaha incessant était en fait agréable à entendre. Jim` se laissa porter par ce son.
Soudain, de l'autre côté de la rue, apparurent chars, camions, policiers, CRS, militaires. . . Jim` se mit à tendre les bras en croix pour décrire un barrage.
Après l'arrêt total des machines, un soldat s'approcha de Jim`. . . Ils parlèrent tous deux quelques secondes puis le militaire repartit avec un air mécontent. Il passa un appel à partir d'un des camions, prit un air étonné (sûrement suivant la réponse de l'interlocuteur) et, après avoir raccroché l'appareil, sortit une arme et visa Jim qui ne bougea pas.
Premier tir!
Jim s'écroula sur le sol une douleur près du coeur. La foule se mit à hurler des insultes à la figure des quelques soldats, tous persuadés que Jim est définitivement mort.
A la surprise générale, et dans un silence presque total, Jim se releva, laissant le sang couler sur le bitume. Il tendit à nouveau ses bras, laissant apparaître une grande trace rouge sous son épaule gauche.
"Vous ne passerez pas. . ."
Deuxième tir !
Jim` eut l'impression que son coeur explosait, se brisait en petits morceaux... Sa tête se cogna au sol, il cria de douleur et, le dos contre-terre, il regarda le ciel bleu, les nuages et ce soleil qui l'éclairait... Il sourit... Il lui était impossible de se relever, il savait que pour lui, toutes tentatives seraient vaines, il allait mourir et personne ne pouvait arrêter cette idée. Il n'avait plus de force, ne sentait plus son corps...
Il sentit soudainement une personne lui relever le buste et le prendre dans ses bras, une autre personne lui serrer la main du plus fort qu'elle pouvait. Ces personnes pleuraient, Jim sentaient leurs larmes tomber sur son visage et couler le long de son cou. On lui retira son haut.
Dans un dernier grand effort, Jim` ouvrit les yeux et reconnut toutes les personnes qui se tenaient autour de lui. Des amis, des compagnons, des frères et des s½urs de coeur... Tout son passé se tenait autour de lui.
"Vous êtes tous là..."
Certains le serraient contre leur coeur, d'autres tendaient les bras comme il l'avait fait quelques minutes auparavant. Jim` reconnut une voix qui souffla dans son oreille:
"On est là..."
Puis il ferma les yeux...
Et n'entendit plus aucun son...
Et ne ressentit plus rien...
Dans 10 ans. . . Peut être...